Le jour où j'ai signé mon premier CDI, j'ai fait une erreur. Pas au moment de l'entretien. Pas au moment de choisir le candidat. Non : deux semaines après, quand j'ai découvert qu'il fallait envoyer une DPAE avant même que la personne ne pointe le matin. Résultat, un employé démarré sans déclaration préalable, un appel un peu sec de l'URSSAF, et une leçon que je n'ai jamais oubliée.
Recruter quelqu'un quand on n'a jamais géré de paie, ce n'est pas juste « choisir la bonne personne ». C'est entrer dans un tunnel administratif balisé par le Code du travail, et chaque étape a ses règles. Si vous êtes artisan, gérant de TPE ou créateur qui embauche son premier salarié, voici ce que j'aurais aimé qu'on me dise clairement — sans jargon, sans m'envoyer lire 400 pages de textes.
Points clés à retenir
- La DPAE doit partir avant le début du contrat — c'est la toute première obligation, et elle déclenche l'immatriculation URSSAF.
- Une annonce d'emploi ne peut pas contenir certains critères : âge, sexe, origine, situation familiale sont prohibés.
- Le registre unique du personnel est obligatoire dès le premier salarié, quel que soit l'effectif.
- Les CV reçus tombent sous le RGPD : durée de conservation limitée et droit à l'effacement.
- Le premier salarié fait basculer toute la boîte : mutuelle obligatoire, médecine du travail, retraite complémentaire.
- Une erreur sur ces points se paie en amende administrative et parfois aux prud'hommes.
Avant de publier votre offre de recrutement, posez le cadre légal
On croit que le recrutement commence à l'entretien. Faux. Il commence à la rédaction de l'annonce — et c'est là que beaucoup trébuchent sans le savoir.
Le Code du travail encadre la façon dont vous décrivez un poste. Vous avez le droit d'exiger une compétence, une expérience, un diplôme pertinent. Vous n'avez pas le droit d'écrire « jeune dynamique », « homme de terrain », ou « 25-35 ans ». Ces mentions sont discriminatoires, même sans intention. J'ai vu un ami restaurateur se faire épingler pour avoir écrit « serveur, bonne présentation exigée ». Il ne comprenait pas. Il a compris.
Quelles sont les mentions interdites dans une offre d'emploi ?
Sont interdits tous les critères qui n'ont pas de lien direct et nécessaire avec le poste : l'âge, le sexe, l'origine, la religion, la situation de famille, l'apparence physique (sauf raison valable liée à la sécurité), l'état de santé, le handicap (sauf inaptitude démontrée), le nom de famille, le lieu de résidence, et l'appartenance syndicale.
La règle pratique est simple : demandez-vous « est-ce que ce critère m'aide vraiment à savoir si la personne peut faire le travail ? ». Si la réponse est non, on retire. Une annonce propre, c'est aussi un signal de sérieux pour les bons candidats.
C'est quoi une politique de recrutement, concrètement ?
Une politique de recrutement, c'est la manière dont vous définissez vos règles du jeu avant de chercher quelqu'un : quel type de profil vous ciblez, comment vous triez les candidatures, quels critères vous pesez, et comment vous garantissez l'égalité de traitement entre les candidats.
Pour un premier recrutement, inutile d'écrire un document de dix pages. Trois règles écrites suffisent : les critères objectifs de sélection, la grille d'évaluation utilisée en entretien, et le circuit de décision. Ça vous protège, et ça vous évite de recruter « au feeling » — ce qui, statistiquement, donne de mauvais résultats. Chez moi, la première embauche faite au feeling a tenu quatre mois. La deuxième, faite avec une grille, a tenu cinq ans.
L'entretien : ce que le droit du travail attend de vous
L'entretien d'embauche est un espace sans obligation formelle forte, mais pas un no man's land. Vous devez poser des questions qui ont trait au poste et aux compétences. Pas au projet de bébé. Pas à la vie amoureuse. Pas aux opinions politiques.
Une question que beaucoup posent sans réfléchir : « avez-vous des enfants ? » Elle semble innocente. Dans les faits, elle peut servir à écarter une candidature — ce qui est discriminatoire si le poste n'a pas de contrainte qui le justifie. Si vous avez besoin d'un salarié disponible le week-end, écrivez-le dans l'annonce. Comme ça, personne n'est pris en traître.
Faut-il vérifier avant de recruter à l'extérieur ?
Oui, dans certaines situations. Si vous avez déjà des salariés, certains postes doivent leur être proposés en priorité avant une embauche externe. Idem pour les anciens salariés licenciés économiquement : ils bénéficient d'une priorité de réembauche pendant un an, s'ils l'ont demandée. Pour un premier recrutement sans salarié en place, la question ne se pose pas — mais gardez-le en tête pour la suite.
La DPAE et les démarches d'embauche : la partie que tout le monde zappe
Voilà le morceau qui fait mal. Le recrutement ne s'arrête pas à un « oui » donné au candidat. Il y a une série de déclarations à faire, et le calendrier compte.
Qu'est-ce que la DPAE ?
La déclaration préalable à l'embauche (DPAE) est une formalité obligatoire que tout employeur doit accomplir avant le début du contrat de travail. Elle se fait en ligne, auprès de l'URSSAF, dans les huit jours précédant l'embauche. Elle regroupe trois choses : la déclaration à l'URSSAF, la demande d'immatriculation du salarié à la sécurité sociale, et la déclaration à la médecine du travail.
Le mot à retenir, c'est préalable. Si le salarié commence le lundi matin et que vous n'avez pas déclaré le vendredi, vous êtes en infraction. L'amende monte, et l'URSSAF n'est pas du genre à faire des manières. Moi, j'ai appris à la dure : maintenant, la DPAE est envoyée dès que le contrat est signé, jamais après.
Les autres obligations post-embauche à ne pas oublier
La DPAE, ce n'est que le début. Un premier salarié déclenche mécaniquement une série d'obligations nouvelles, dont beaucoup dépendent de votre branche et de votre convention collective :
- Immatriculation URSSAF — vous devenez employeur au sens administratif, avec un numéro dédié (le SIRET employeur peut être distinct).
- Affiliation à une caisse de retraite complémentaire — c'est obligatoire pour tout salarié relevant de l'ARRCO ou de l'AGIRC selon le statut.
- Médecine du travail — la visite d'information et de prévention doit être organisée (souvent dans les trois mois suivant l'embauche, selon la situation).
- Mutuelle obligatoire — depuis plusieurs années, tout employeur doit proposer une complémentaire santé à ses salariés, avec une prise en charge d'au moins la moitié de la cotisation.
- Registre unique du personnel — à tenir dès le premier salarié, avec les mentions obligatoires pour chaque embauche.
Je ne vais pas vous mentir : c'est beaucoup pour une seule personne. La bonne nouvelle, c'est que votre expert-comptable ou votre paie peut prendre une bonne partie à sa charge. Pour 40 à 80 euros par mois (tarif courant en TPE dans les petites villes), vous déléguez tout ça. Ça vaut chaque centime.
Le registre unique du personnel : le document qu'on oublie systématiquement
Petit, discret, mais obligatoire. Le registre unique du personnel regroupe les informations liées à chaque salarié : nom, emploi, date d'entrée et de sortie, qualification, etc. Il peut être tenu sous forme papier ou numérique, tenu à disposition de l'inspection du travail, et doit être mis à jour à chaque mouvement.
Sa particularité, c'est qu'il est exigible dès le premier salarié, quelle que soit la taille de l'entreprise. Pas d'exception pour les TPE, pas de seuil d'effectif. Et le registre doit contenir les informations sur les salariés — pas celles des candidats non retenus, qui relèvent d'un autre traitement.
Candidats, CV et RGPD : la donnée que vous collectez vous engage
Vous recevez trente CV. Vous en gardez deux. Que faites-vous des vingt-huit autres ? Si la réponse est « je les ai laissés traîner dans une boîte mail », vous êtes hors cadre.
Les données des candidats (CV, lettre, notes d'entretien) sont des données personnelles au sens du RGPD. Vous devez : limiter la conservation à une durée raisonnable (en général, deux ans maximum après le dernier contact), informer les candidats de l'usage fait de leurs données, permettre l'exercice des droits d'accès et d'effacement, et ne pas transmettre ces données à des tiers sans base légale.
Concrètement, pour un premier recrutement, ça veut dire : un dossier propre pour chaque candidat retenu, un tri des autres après quelques mois, et un message clair sur votre site ou dans l'annonce (« les CV reçus sont conservés deux ans sauf demande contraire »). Rien d'insurmontable, mais à anticiper avant de publier l'offre — sinon vous passez votre temps à rattraper.
Ce qui se passe quand vous ratez une étape
Première chose : ne paniquez pas. Deuxième chose : ne comptez pas sur la chance. Voilà ce qui peut tomber, en pratique, si vous sautez une case :
| Manquement | Risque principal | Qui peut constater |
|---|---|---|
| Absence ou retard de DPAE | Amende administrative (jusqu'à 750 € par salarié non déclaré) + régularisation URSSAF | URSSAF, inspection du travail |
| Annonce discriminatoire | Amende, action possible du candidat écarté, atteinte à l'image | Défenseur des droits, prud'hommes, inspection |
| Registre absent ou incomplet | Amende administrative par salarié concerné | Inspection du travail |
| Données candidats mal conservées | Sanctions RGPD (CNIL) | CNIL, plainte d'un candidat |
| Mutuelle non proposée | Régularisation, amende, risque prud'homal | URSSAF, salarié |
Les montants exacts évoluent avec les réformes, mais l'ordre de grandeur est clair : quelques centaines à quelques milliers d'euros par manquement, sans compter le temps perdu à régulariser. Et puis il y a un coût invisible : la réputation. Une annonce discriminatoire qui circule sur les réseaux, c'est six mois de candidatures de mauvaise qualité qui suivent.
Bon, soyons honnêtes. Personne ne va vous tomber dessus pour un CV conservé trois ans dans un dossier. Mais si un litige survient avec un candidat ou un salarié, ce dossier devient une pièce à charge. La conformité, ce n'est pas de la paperasse : c'est votre assurance anti-litige.
Ce que je retiens après plusieurs embauches
Le premier recrutement, c'est un saut. On passe de « je fais tout » à « je suis responsable de quelqu'un d'autre ». Ce changement de statut, personne ne vous y prépare vraiment — ni les banques, ni les chambres de commerce, ni les logiciels de gestion.
Si je devais réduire tout ça à trois conseils : préparez la DPAE dès la signature du contrat, écrivez votre grille d'entretien avant de voir le premier candidat, et déléguez la paie dès que possible. Ce n'est pas du courage, c'est de la lucidité. Le courage, c'est de reconnaître qu'on ne sait pas tout — et d'aller chercher l'aide nécessaire avant que la première lettre recommandée n'arrive.
La vraie question, au fond, n'est pas « comment respecter les obligations légales ». C'est : est-ce que vous voulez bâtir votre boîte sur du sable ou sur du béton ? Le béton, dans ce cas, ce sont ces fameuses formalités que personne n'a envie de lire. Et une fois qu'elles sont en place, elles ne vous coûtent presque plus rien. Ce qui coûte cher, c'est l'inverse.